Cueilleur de pommes en Australie 

Caisse de pommes - Australie

Caisse de pommes – Australie

Je relisais mes notes de voyage sur l’Australie et je suis tombé sur le récit d’une journée de labeur lorsque j’étais cueilleur de pommes dans les Snowy Mountains. Je me suis dit que ça valait le coup de partager mon expérience … Allez hop ! On embarque pour une journée complète et typique de picker à l’australienne, on sait jamais, si cela suscite des vocations !

Extraits remaniés de mes notes de voyage – Australie

5h30 – les réveils sonnent ! Il en faut bien plusieurs pour être sûr de se réveiller … Loin d’être une marmotte, il n’en reste pas moins que mon corps refuse de s’éveiller naturellement en l’absence de soleil ! Nous sommes au début de l’automne – aux environs de Mars – à l’extérieur de la tente, un petit 8°C m’attend et c’est assez dur de s’extirper de ma couette bien chaude. Mais quand il faut y aller … Il faut y aller ! J’ai 30 minutes devant moi pour me préparer : je passe mes vêtements de travail (de vieilles fringues), j’engloutie un petit déjeuner copieux, je récupère mon panier repas préparé la veille au soir, des pains de glace et je remplis un bidon de 5L d’eau. Je place le tout dans mon bolide et c’est parti pour 20 minutes de petites routes sinueuses des Snowy Mountains. A cette heure-ci il fait encore nuit, donc je roule tranquille, il ne serait pas surprenant de voir bondir un kangourou sur la chaussée.

6h30 – le soleil n’est pas encore visible mais on distingue une vague lueur rougeâtre au delà des cimes qui m’entourent. Je gare la voiture au plus près des rangées de pommiers qui me concernent pour la journée, l’exploitation faisant plusieurs hectares. Les bin (caisse en bois) sont déjà en place dans chaque allée. J’y mets mon panier repas ainsi que le bidon d’eau, puis je me badigeonne de crème solaire en prévention des futures heures ensoleillées. Enfilage des gants et du chapeau, enfin j’harnache le sac à pommes sur mes frêles épaules. Comment vous décrire ce fameux bag ? Il s’agit d’un sac ventral tenu par des lanières se croisant derrière les épaules. On le remplit au fur et à mesure de la cueillette et lorsque celui-ci est plein, deux crochets permettent de l’ouvrir par le bas et ainsi faire doucement glisser les pommes. Me voilà fin prêt pour attaquer la journée !

En général je suis au contrat : « à la bin ». Entendez par-là que je dois remplir des caisses, de 4m3 environ, de pommes délicatement cueillies. Je suis payé pour chacune de ces caisses remplies. Conclusion plus on en fait, plus on gagne de sous : travailler plus pour gagner plus ! Il arrive parfois que je remplisse des bin aux wages : c’est à dire que je suis payé à l’heure pour le même boulot ; l’intérêt se trouve pour certaines variétés de pomme pour lesquelles les employeurs souhaitent que nous soyons particulièrement attentionnés et sélectifs, car il faut bien avouer qu’au contrat, on se dépêche de remplir les caisses sans trop réfléchir à la qualité, la couleur et la taille du fruit. Enfin, entre deux récoltes de variétés différentes de pomme, on se retrouve parfois à faire du Prunning et autres travaux payés à l’heure également. Il s’agit tout simplement d’élaguer les pommiers ou de nettoyer les jeunes arbrisseaux ou encore d’installer des bâches blanches aux pieds des arbres pour que les pommes fassent bronzette par en-dessous. Mais revenons à mon activité principale : le picking (la cueillette payée à la Bin).

Profession : cueilleur de pommes

Profession : cueilleur de pommes

Depuis 6h30 avec mon binôme, nous cueillons les pommes en haut, en bas, au milieu, aidés par nos grandes échelles en alu. Sac après sac, nous remplissons la Bin. La rapidité à finir une caisse dépend beaucoup de la variété, à savoir s’il faut tout prendre dans l’arbre ou laisser les pommes vertes et sélectionner la taille du dit fruit (qui prend plus ou moins de place dans la Bin et ainsi créer plus ou moins de vide et donc la remplir plus ou moins rapidement et gagner plus ou moins de dollars …). Par exemple, pour la variété des Top Red où il faut tout prendre telle une nuée de sauterelles, nous mettons environ 45 minutes à 2 pour remplir les fameuses caisses. Parfois un manager vient nous voir pour apposer sur les Bin une étiquette portant nos prénoms afin d’être comptabilisées pour la paie. Lorsque une caisse est terminée, un tracteur l’emmène vers l’artère centrale où un camion prend en charge plusieurs de ces caisses pour les mener au packing (là où les pommes sont triées). Pour la cueillette en elle-même, il faut tourner le fruit pour qu’il se détache de l’arbre avec sa queue (celle-ci prévient du pourrissement prématuré du fruit) et il faut bien sûr ne pas être brutal avec la pomme sous peine de créer un bleu qui dévaluerait le prix de notre Bin.

10h – La journée avance, les tracteurs font une pause d’un quart d’heure mais lorsqu’on est au rendement, les cueilleurs – eux – continuent. Le soleil est déjà haut dans le ciel et bien souvent on a enlevé le sweat-shirt pour supporter la chaleur grimpante qui n’est pas loin d’atteindre son maximum, à savoir 28°C.

A 12h30 c’est la pause déjeuner d’1/2 heure que certains cueilleurs sautent afin de gratter quelques sacs et donc quelques Bin. Le doux chant des tracteurs s’arrêtent. Pour ma part, je me pose à l’ombre d’un pommier et déguste mon panier, alternant d’un jour sur l’autre les sandwichs accompagnés de chips au vinaigre à des salades de pâtes ou de riz. En dessert je me contente des excellentes pommes fraîches et juteuses (et saines, élevées sans aucun produit chimique) qui m’entourent. Puis on reprend le boulot jusqu’à la fin de la journée : la dernière Bin doit être commencée avant 15h15.

Les journées de travail sont agrémentées de rencontres improbables avec parfois de belles frayeurs à la clé :

* Nos amis les arbres sont peuplés de petites araignées mais de temps en temps on tombe sur de véritables monstres de la nature, bien plus grandes qu’une main d’homme ! Bien qu’inoffensives, je peux vous assurer que cela surprend toujours. C’est le moment de s’entraîner au tir à la pomme !

* Bien moins dangereux, à notre passage certains pommiers sèment une poudre blanche (sans doute laissée par des cochenilles) qui donne des airs de Noël au verger : imaginez des arbres aux fruits rouges tels des boules parsemant un sapin et cette sorte de neige qui tombe au vent.

* Il faut faire attention aux trous de Wombat : version locale du cochon sauvage. Ce charmant animal creuse des trous au niveau des racines des pommiers qui permettraient à un enfant de 10 ans de s’y aventurer ou un adulte de se vautrer ! Inoffensif, le Wombat n’en est pas moins un danger pour les usagers de la route puisqu’il serait dur comme de la pierre.

* Plus étonnant encore … Les chauves souris ! Friandes de pommes, certaines se blessent et se voient condamner à rester la tête pendue à la cime d’un arbre. Du coup, lorsque la journée commence, elles voient défiler sous leurs yeux des cueilleurs, des tracteurs, des Bins, des managers, etc. Bien sûr qu’est-ce qu’une petite chauve-souris … Mais ici nous parlons de LA chauve-souris d’Australie – flying-fox – qui fait la taille d’un chat, enveloppée dans ses ailes caoutchouteuses. Discrète comme elle est, ce n’est que nez à nez – lorsque, effrayée, elle déploie ses ailes – que l’on s’aperçoit de sa présence ! Cela créé toujours un petit sursaut de surprise malvenu an haut d’une échelle … L’exploitation connaît aussi ses drames : la pauvre bête blessée et effrayée empêche les cueilleurs d’oeuvrer en urinant sur les pauvres travailleurs (on se défend comme on peut). C’est là que le manager débarque avec son énorme fusil à double canon tout argenté et ne fait qu’un BOUM de la pauvre bête (en arrachant quelques pommes au passage). De toute façon elle était condamnée avec son aile brisée, on se dit que ses souffrances ont été abrégées ….

15h30 – Fin de journée et il fait chaud ! La dernière bin vient d’être enlevée. Le bidon d’eau de 5L est quasiment vide. Je grimpe dans ma voiture après m’être dévêtu de sac, chapeau et gants. Les fenêtres grandes ouvertes, je m’en retourne dans la petite ville où se trouve le camping. La fin d’après-midi débute par une pause bière grandement désaltérante (à consommer avec modération), la lecture de magazines ou livres et de quelques accords sur la guitare ; en un mot : détente. Au-dessus de ma tête le doux chant de crécerelle des Cacatoès … Puis direction les sanitaires pour prendre une douche bienfaitrice. Fraîchement lavé, soit c’est courses au supermarché du coin ou halte au McDonald local pour profiter de leur connexion gratuite à internet. Ensuite, c’est réunion entre voisins de chambrée  pour échanger sur nos différentes expériences de la journée.

18h – il est l’heure de faire la popote ! Deux repas à préparer : celui du soir et le panier repas pour le lendemain midi. De temps en temps je profite des immenses planchas du camping pour me griller un bon morceau de boeuf ou d’agneau avec un émincé d’oignons rouge. Le repas englouti et la vaisselle faite, nous passons à la phase loisir et temps calme avec mes compatriotes : jeux de cartes, lecture, plus rarement visionnage d’un film, etc.

20h30 – Le soleil vient de se coucher, il est temps d’aller se coucher ! En chemin pour regagner ma tente, je donne quelques restes à grignoter aux opossums, puis je m’engouffre dans ma chambre de toile et sombre dans un profond sommeil réparateur.

Fin. Merci d’avoir partagé cette journée avec moi.

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2 commentaires
  1. Blanchard says:

    Chouetttteeee^^
    C’etais ou? et avec qui? ils recherchent des woofers ??

  2. chris says:

    bravo, on a vécu avec vous cette journée de cueillette. chouette et éreintant

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